Invierno « 11

On aurait bien continué à glander sur le parvis de Kan Flo, mais le froid qui nous saisit aux épaules quand le soleil s’écrase sur la colline d’en face nous sort de notre torpeur. Il est temps de faire nos malles, d’embrasser nos hôtes, de charger la charette et de repartir par où on est venu. On regrettera pas le petit séjour. Une hacienda en perdition au milieu d’un océan de fric, dans une des communes les plus riches de Catalogne, des murs qui tiennent debout par la seule volonté d’une demi-douzaine de gamin(e)s bien décidé(e)s à ne pas laisser dormir les résidents de la vallée bien au chaud à l’abri derrière leur muraille de prison. Pas vraiment le même objectif de vie. L’après-midi on n’aura pas échappé à la grande mascarade de Noël dans les rues de Barcelone. Illuminations. Fournisseurs de choses inutiles. Et silhouettes mouvantes le regard vide en quête de ces mêmes choses inutiles. On quitte les Ramblas pour s’enfoncer dans le barrio gotico où la frénésie est moindre mais on trouvera le salut dans un bistrot juste avant de retrouver Kox qu’on avait lâché un peu plus tôt juste avant qu’il ne parte pour soutenir des collègues sous le coup d’une expulsion. Le retour à la ferme est presque une délivrance. La nuit nous a déjà enveloppé et le petit fourneau lâché par des gens de passage pour deux kopecks est le siège de plusieurs paires de mains et de fesses, heureux de se réchauffer après avoir réglé le problème posé par la défection de deux groupes. Pas d’excuse, pas un mot d’explication, rien. On n’a qu’à se démerder.

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Laurette, Ilario et Jenny se sont démerdés. La bagnole a chauffé dans la nuit pour aller chercher une batterie à l’autre bout de la vallée. Nous on s’est adaptés, moi sur un vieux combo, Ju en passant par la sono, pour un concert qui techniquement ne restera pas dans les annales mais qui humainement valait vraiment qu’on le fasse. L’after qui a suivi nous a donné raison. Pour les habitants. Pour nous. Pour Mc Broko qui a chargé la voiture depuis sa République tchèque et nous a offert un show surréaliste. Pour Ilario, Moa qui ont improvisé un concert avec leur nouveau projet. Il fallait être là, c’est tout. Comme à Molins, la veille, où Jordi avait réglé l’affaire aux petits oignons, dans un décor digne d’un caravan sérail. Ambiance moins familiale des vibes différentes mais le plaisir de retrouver l’Espagne notre deuxième maison peut-être même la première tant on a pris l’habitude d’y jouer dès qu’on a une minute de libre. Le vent s’est levé il fait froid mais les braseros du jardin de la Kasablanca à côté duquel un local me vantera les mérites des bières américaines et la chaleur humaine atténueront des frissons que notre set se chargera de totalement annihiler notamment quand les gamins de Displague nous braqueront les micros pour chanter Viviendo dias mas oscuros avec nous.    

Autumn ’11.

Coincé au milieu de Julien et Myriam, les genoux repliés sous le menton parce que j’ai pas la place de les mettre ailleurs, je repense avec nostalgie aux moments passés dans le camion. Même si le chauffage fournissait moins de chaleur que mon portable, on était à l’aise et on n’avait pas à calculer ce que l’on pouvait prendre ou pas. Depuis deux semaines, la donne a changé. La faute a un fossé qui s’est glissé sous les roues du boxer. Porte latérale en rideau, fenêtres explosées. Diagnostic vital engagé. Et le verdict, sans pitié. 4000 € de réparations soit plus que le véhicule à l’achat. Bye-bye la Tol mobile qui nous avait traînée sur les routes d’Allemagne, de Belgique, de Suisse et d’Espagne sans moufter.

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Le Berlingot est désormais notre unique moyen de déplacement. L’air de rien je me demande encore comment on a pu entrer tout ce qu’on avait prévu dedans. Surtout se souvenir de la configuration du matos quand on décharge pour qu’on n’ai pas à réfléchir deux plombes quand il faudra recharger. En refermant la malle j’ai toujours peur que le manche d’une gratte passe à travers la vitre arrière ou que tout se casse la gueule quand on l’ouvre. Coup de bol aussi, les étapes sont pas véritablement longues, à peine 400 bornes l’une de l’autre. Super. On pourra glander un peu au lit le matin, passer du temps avec Loulou, Babé, Sylvain ou Cédric sans être pressés comme des lavements. Jusqu’à hier on savait pas si on rentrait à Toulouse après le concert de Mauriac pour repartir à Tarnac le surlendemain mais, tel le Messie, Skub a parlé de sa basse voix de gône. Entre les deux, on ira fêter l’Armistice à Lyon, une première pour nous. Une première aussi pour Julien qui part avec nous pendant plus d’un jour depuis son arrivée en septembre. Mais personne s’en est aperçu. Intégration naturelle, sans crainte. Déjà l’impression qu’il est là depuis des lustres. Il ne prend pas de gant. C’est bon signe.

Pour cette fois-ci, j’ai délégué le driving à Antoine et Julien. Plus précisément ce sont eux qui m’ont piqué le volant. Je cède volontiers. Le Berlingot est moins d’accord. Il manifestera son mécontentement dans la côte hors catégorie de Balmont par une émission nauséabonde de caoutchouc brûlé. Sous la voiture cours un inquiétant filet liquide. Karl y plonge le doigt pour le sentir. Commence à râler après Antoine coupable d’avoir un peu abusé sur l’accélérateur. Je regarde devant le véhicule. Le liquide part de plus haut. En fait de l’endroit où Karl avait pissé quelques minutes avant. Petites péripéties pour un plaisir énorme. Celui de jouer sans retenue, de lacher les watts, d’expulser toute la rancoeur accumulée. Mauriac en novembre c’est le charme rustique d’un concert à la campagne devant des têtes connues. L’idéal pour se mettre en jambe. J’ai la sensation qu’on n’a pas un son terrible mais apparemment en façade ça rend bien. Le lendemain à Lyon, on plonge dans l’inconnu. Une bonne heure pour trouver le squat perdu entre le périf et les barres de la banlieue. Refuge partagé entre les roms et les punks. Pour les uns comme pour les autres l’horizon est irrémédiablement bouché. Ne reste que le présent, souvent noir, mais parfois plus clair comme ce soir avec le Rock ‘n Roll Vengeance qui vient illuminer cette banlieue abandonnée, cette banlieue qui n’a plus de nom. ZEP, ZUP…Z comme la dernière lettre de l’alphabet, la dernière roue du carosse. Il fait froid mais les lyonnais vont nous réchauffer le coeur par leur regard, leur enthousiasme, leur chaleur. On essaiera de leur transmettre la même intensité. Le rapport sera moins évident à Tarnac, moins visible. Les premiers accords videront une partie du bistrot et ceux qui resteront chercheront à tout prix de quoi obstruer les canaux auditifs pour atténuer le choc. Le monde rural n’est pas obligatoirement ouvert aux sonorités punk mais ça ne nous empêchera pas de passer une bonne soirée. L’espace d’un week-end on oubliera le monde dans lequel on évolue, il n’a pas besoin de nous, on n’en a plus besoin, il tournera sans nous avec ses aberrations, ses dysfonctionnements, ses leurres, ses pièges. On y échappera provisoirement et ça n’a pas de prix.

Waters Without a Shore « 11 – European tour w/ Maidenhair Tree.

Le calme vient d’éclater. Les moteurs se sont arrêtés, la tension s’est réduite, la fatigue est arrivée. Retour sur Terre et au train-train. 12 jours de tourmente, de couleurs, de sueur, de bruit, d’intensité. Des sites monumentaux le Binz à Zurich qui porte bien son nom, grand vaisseau similaire à une usine. En fait un atelier de marbrier dans lequel se sont amassées des tonnes de ferailles, des monceaux de chiffons, travaillés, façonnés, assemblés, pour que le gris ne soit plus la couleur la plus répandue; l’Ek à Vienne, ancienne école investie depuis vingt ans, des décors à la Mad Max au rez de chaussée, des entrelacs d’aciers, des vestiges çà et là de renforts métalliques, d’un pont-levis anti-police qui bloque l’escalier, qui ne servent plus depuis que les locataires ont conclu un accord avec la ville; le Reil 78 a Halle, verrue impériale située au milieu des ensembles architecturaux soviétiques. Des endroits plus modestes mais aux hôtes riches de coeur à Marseille où Enthropy se bat becs et ongles pour conserver un lieu de vie et d’action indépendant, dans les montagnes de Savoie où la surprise est toujours de mise lorsqu’on va y jouer, à Utrecht qui fait avec les moyens du bord, à Bruxelles où une poignée d’irréductibles réinvestit les lieux inhabités pour montrer que la capitale de l’Europe est autre chose que celle du commerce et de la bureaucratie, à Paris où la Miroiterie se bat pour exister entre initiatives arty et lieu d’accueil pour les abîmés.Waters Without a Shore ’11 est clairement la plus longue tournée qu’il nous ait été donné de faire. 10 concerts, 13 jours lancé à 90 km/h maxi avec notre vieux Renault sur les routes européennes, usé mais qui n’aura jamais accusé de coups de fatigue. Pas plus que nous d’ailleurs maintenu toujours sur pied par la bonne pression du concert à venir et des rencontres à faire. Des personnages uniques, Loaff le coeur sur la main, intarissable lorsqu’il s’agit d’accueillir ses amis, Cédric avec qui seulement quelques mots ont été échangés mais qu’on a l’impression de connaître depuis des lustres,  Onion, irlandais à caractère psychotique dont chaque parole est sujet à caution qui nous offrira de la bière en guise de petit déjeuner et le défraiement dans un sac en plastique dont l’humidité aura été absorbée par les euros, le grand Giant aussi maigre qu’un Gaston Lagaffe, Sandra, portugaise émigré aux Pays-Bas dont les trois quarts d’entre nous tomberont amoureux ou encore cet allemand au nom improbable de Schnuddles qui se faisait un plaisir de venir converser avec nous en français.

C’est surtout des visages sans nom, rencontres intenses parce qu’éphémères, quelques mots échangés par-ci par-là histoire de montrer qu’on apprécie le moment présent que ce soit juste après un concert, autour d’un café au petit déjeuner, en allant chercher une bière au bar, le long de moments informels qui procurent autant de souvenirs que les autres. Certains marrants comme ce péruvien à Zurich qui voulait absolument me parler pendant que je jouais, et se mettra derrière Charlotte lors de la prestation de Maidenhair Tree. Ou alors cette jeune fille assise sur un fauteuil derrière le squat, fumant une cigarette, devant laquelle je passais pour rejoindre le sleeping et réagis quelques secondes plus tard qu’elle était nue. Une rencontre surtout, celle avec Maidenhair Tree dont la cohabitation a fonctionnée. Un trio en or avec qui le lien est devenu de plus en plus fort, notre soutien le plus indéfectible quand nous en avions besoin et réciproquement. Beaucoup plus que deux groupes, un groupe de huit avec qui on s’est retrouvé sur la même longueur d’ondes, tant musicale qu’humaine. Il valait mieux d’ailleurs, vue la distance ingurgitée, il fallait pas qu’un pet vienne enrayer le machine.

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Les premiers kilomètres jusqu’à Vienne auront certainement été les plus durs. Rude de nous lancer, d’estimer les distances quand tu es attendu le soir pour jouer. De plus on traîne énormément au réveil, rendu difficile par les désordres éthyliques des nuits précédentes. David en fera l’expérience à Marseille où sa Gibson et le sol de l’Enthropy conserveront certaines traces de sa bile; à Bernachon où les habitants du coin ont cru que le yéti était revenu en entendant les cris de bête de Jérôme. Zurich sera plus feutrée. La route est encore longue mais on tiendra le coup. Une étape au camping de Munich, salvatrice même si au moment de monter les tentes, un orage nous pètera à la gueule, nous chassant dans le van où flottera pendant un petit moment une odeur de chien mouillé. Seul Jérôme finira de planter les sardines d’Antoine en bravant les éléments. On finira au snack du camp jusqu’à pas d’heure, pas loin du distributeur de bière qui vomit sa pitance dans un grondement de tonnerre. La suite sera moins contraignante. On arrive à apprivoiser le timing pour repartir en Bavière. Toujours pas de flics à l’horizon comme on nous l’avait promis mais on perd rien pour attendre. Sur la route de Leipzig, Turner et Hooch nous demandent de les suivre sur l’aire de repos. Cordiaux mais faces de brutes, une demi-heure d’arrêt pour une vieille boulette oubliée dans une banane. Bon rendement. Nous demandent si on a rien de plus à déclarer sur le plan stupéfiants. La même en rajoutant la menace d’une fouille effectuée par les chiens. Pas mieux. On se voyait déjà ranger le matos qu’ils avaient décortiqués. Ils nous laissent partir en nous souhaitant bonne route. La pression est passée. On restressera à Bruxelles. Grande ville, embouteillage, speed, se garer en double file pour décharger, pour charger, le tout en quatrième vitesse à tel point qu’on en oubliera David, disparu au moment où il fallait pas dans un magasin et qui réapparaîtra après un tour de quartier courant vers nous heureux de nous revoir, mais aussi la distro de Maidenhair Tree involontairement dissimulée par les nanas du squat où l’on avait joué la veille. On la retrouvera deux jours et quelques frites plus tard après nous être fait poser un lapin par les orga d’Antwerpen. Pas de message sur la porte, pas de mails, pas de coups de tél, rien. Bienvenue en Flandres. Au bistrot on sent qu’on est apprécié. Une nana nous demande une cigarette et nous entendant parler français n’attend même pas la réponse et se barre. Je parviens à avoir quelqu’un du squat au tél qui me dit purement et simplement que le concert est annulé sans me donner de raison particulière. Après l’accueil chaleureux de Bruxelles, la glace flamande. La fin de tournée sera apparemment plus rude mais on rechargera les accus à Dunkerque avec les amis. Presque la maison.

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S’il fallait retenir un concert ou deux, vers Bruxelles ou Paris irait certainement notre préférence. Des soirées où priment l’urgence, ou public et groupe sont clairement sur la même longueur d’ondes. Nous prêts à donner tout ce que l’on a, eux prêts à recevoir et à en redemander. Ailleurs des prestations honorables mais un écho pas toujours retentissant comme à Zurich, Erlangen ou Nimègue. On commence à avoir un peu de bouteille mais on doit toujours faire nos preuves. Pas évident et qu’on le veuille ou non çà influe pas mal sur notre moral tantôt en négatif tantôt en positif. A Vienne j’ai l’impression qu’on nous prend un peu pour des pinpins avant le set. Il n’en est plus question après. On fait partie du sérail. A Utrecht, la prestation tout en d-beat de Buiten Gebruik nous oblige à passer le surmultipliée et j’ai l’impression qu’on y est arrivé. Pas le concert techniquement le plus abouti, des problèmes de micro récurrents, mais on a le jus et les personnes présentes nous le rendent bien. A Marseille et Bernachon, on joue presque à la maison. C’est pas du jeu mais le plaisir est toujours là. Intact comme au premier jour. La fatigue nous envahit mais l’envie reste la plus forte. Même au moment de se quitter avec les Maiden après un dernier verre qui s’est prolongé dans la nuit de Belleville on se dit que, finalement, on repartirait bien le lendemain pour un autre set, une autre ronde tous ensemble parce que là tout de suite, c’est trop tôt, après 10 jours de concerts on commence juste à être chaud. Les adieux sont bruyants et émouvants, les yeux sont brillants, l’alcool sûrement, mais pas uniquement. Mais on se retrouvera, tôt ou tard, ici ou ailleurs…

 

 

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